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La reine Jeanne
Depuis le milieu du XIIIème siècle, le comté de Provence est gouverné par les descendants de Charles d’Anjou, frère ambitieux de Louis IX le Saint. De ce prestigieux ancêtre, ils avaient hérité un empire qui dépassait ce comté : ils régnaient aussi sur le royaume de Naples, le sud du Piémont, l’Albanie et la Hongrie. La famille avait généré de nombreuses branches, qui dirigeaient ces terres.
En 1343, le roi Robert, chef de la branche de Naples et de Provence s’éteignit, ne laissant pour lui succéder qu’une fille, sa petite-fille, Jeanne (née en 1326). Dès lors, Jeanne dut, seule, faire face aux ambitions de ses cousins, et y résista mal. Elle épousa d’abord André d’Anjou, prince de Hongrie. Mais il mourut assassiné en 1345. Elle se maria ensuite avec Louis d’Anjou, prince de Tarente. Leur règne fut traversé d’épouvantables épreuves : la Grande peste de 1348, les ravages des Grandes Compagnies libérées par la Guerre de cent Ans, en France.
Louis mourut en 1362. Elle se remaria à Jacques de Majorque : il était fou et mourut très vite. Faute d’héritier, elle adopta alors son cousin Charles d’Anjou, seigneur de Duras. Puis elle se fâcha avec lui, et adopta un autre Louis de Valois, duc d’Anjou, frère de Charles V de France. Enfin elle se maria une quatrième fois avec un chef de guerre allemand, Otto (Othon) de Braunschweig (Brunswick). Les deux héritiers adoptés, craignant une naissance qui les déposséderaient, entrèrent en lutte. Jeanne fut capturée par Charles et assassinée le 27 juillet 1382 près de Naples. Dès lors la Provence se divisa entre les deux héritiers.
Nice et sa région tenaient pour Charles de Duras, Marseille pour Louis de Valois : ce fut la guerre de l’Union d’Aix. Peu à peu, les partisans de Louis l’emportèrent. En août 1388, leur armée était à Saint-Paul-de-Vence. Les Niçois, terrifiés, se jetèrent dans les bras d’un sauveur providentiel : Amédée VII, comte de Savoie, qui venait de se saisir, tranquillement, du sud du Piémont et du val de Barcelonnette.
Ainsi se prépara et s’accomplit la dédition de 1388, qui changea si profondément le destin de Nice et de son comté. Jeanne ne passa qu’une fois par Nice, en 1348. Son souvenir est lié à la légende de Roccasparvièra. Sa mémoire fut longtemps honorée (la " bonne reine Jeanne ") car, dans le souci de se ménager l’appui des populations et des villes, elle consentit nombre de privilèges à tous, sans prendre conscience qu’elle accroissait ainsi sa faiblesse politique. En fait, son temps fut un temps de désastres et de malheurs.

